Compostelle, le ministère de la Culture mal conseillé

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Le ministère de la Culture a publié le communiqué suivant concernant les chemins de,Compostelle :

“ Pascal Mailhos, préfet coordonnateur du bien culturel en série “Chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France”, présidera, lundi 19 janvier à Toulouse, le premier Comité interrégional consacré à la gouvernance de ce bien culturel en série inscrit en 1998 sur Liste du patrimoine mondial par l’Unesco. “

Cette réunion est bâtie sur une affirmation erronée que le ministère n’a pas vérifiée. Les chemins de Compostelle en France ne relèvent pas de la notion de Biens en série. Ils ont été inscrits au Patrimoine mondial en 1998. Les Biens en série ont été introduits dans les Orientations devant guider la mise en oeuvre de la Convention du patrimoine mondial en 2005 (WHC.05/2 2 février 2005). Ces orientations prévoient :

Dans le cas de biens en série, un système de gestion ou des mécanismes permettant d’assurer la gestion coordonnée des différents éléments sont essentiels et devront être documentés dans la proposition d’inscription “. Ces dispositions ne figurent pas dans le dossier établi par la France en 1997.

Couverture du livre Chemins de Compostelle et Patrimoine mondial

Couverture du livre Chemins de Compostelle et Patrimoine mondial

Comme le montre le livre ci-contre, la décision d’inscription de 1998 a été rendue possible par une situation politique favorable ayant conduit l’UNESCO à un passe-droit pour la France. Après avoir contribué à cette inscription, l’ACIR (Association de Coopération InterRégionale) tire une sonnette d’alarme sur son site Internet :

“ La particularité des biens en série est que leurs composantes sont solidaires les unes des autres. Si jamais une seule d’entre elles venait à ne plus satisfaire aux critères d’exigence de l’UNESCO, c’est l’ensemble du bien qui pourrait perdre le label “.

Le ministère de la Culture a été mobilisé pour éviter la perte de ce précieux label qui n’aurait jamais dû être accordé. Ce dossier est, depuis l’origine, sans consistance ni juridique ni historique. Faire appel à la notion de “biens en série ” ne résout en rien la question. Ensemble disparate, sans unité, les 71 monuments utilisés en 1997 pour justifier l’inscription des chemins de Compostelle en France ne répondent pas à la définition des biens en série.

Selon la définition donnée par les orientations de 2005, ” Ces biens peuvent inclure des éléments constitutifs reliés entre eux parce qu’ils appartiennent :
a) au même groupe historico-culturel ;
b) au même type de bien caractéristique de la zone géographique ;
c) à la même formation géologique ou géomorphologique, à la même province biogéographique ou au même type d’écosystème ; et à condition que la série dans son ensemble – et non nécessairement ses différentes parties – ait une valeur universelle exceptionnelle
“.

Comment prétendre que le Mont-Saint-Michel, un dolmen, des ponts, une église paléochrétienne, des cathédrales, une église du XVIe siècle, un enfeu du XVIIe …  et 7 tronçons d’un chemin tracé à partir des années 1970 répondent à ces critères ? La démarche pèlerine est un bien immatériel commun à une grande partie de l’humanité. Le pèlerinage de Compostelle est devenu un phénomène socio-culturel important en Europe mais mineur par rapport à d’autres pèlerinages. Cela ne confère en aucune façon une ” valeur universelle exceptionnelle ” à ces 71 monuments et ensembles ni aux 7 tronçons de ce chemin.

Il faut d’ailleurs ajouter que l’un des tronçons de chemin a d’ores et déjà disparu. L’ACIR, dont la Région Aquitaine est membre, aurait pu faire connaître aux services du préfet de la Région Midi-Pyrénées  que le tronçon 7 sur lequel est le gué de Quinquil n’existe plus dans sa définition de 1997, si tant est qu’il ait jamais existé (cliquer sur l’image pour en savoir plus).

Sur le tronçon 7, le gué de Quinquil en 2009.

Sur le tronçon 7, le gué de Quinquil en 2009.

Il nous semble clair que ceux qui ont promu et réussi cette inscription ne savent plus comment gérer ses conséquences. L’action entreprise conduira à demander à l’UNESCO de bafouer une seconde fois ses critères. Est-ce une bonne solution ? Le ministère de la Culture devrait s’interroger.

Au cours de leurs travaux, les auteurs du livre présenté ici ont rencontré diverses personnalités ayant eu à connaître le dossier de 1997. L’une d’elle a dit à propos de la gestion des chemins de Compostelle ” on ne gère pas un mythe “. Remplacer gestion par gouvernance ne changera pas la réalité des choses.

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